Mardi 8 juillet, à Millau, dans la chaleur d’une salle Tano bien remplie, le SOM Rugby a vécu bien plus qu’une assemblée générale. Il a vécu un moment de bascule. Un de ces instants où le passé rencontre l’avenir, où les doutes laissent place à une énergie nouvelle. Devant les nombreuses personnes présentes, deux hommes ont incarné cette transition : Arnaud Vercruysse, nouveau coach des seniors, et Thierry Perez, président revenu à la barre. Deux voix, deux parcours, une même promesse : faire renaître un club secoué par les tempêtes.
Arnaud Vercruysse, le retour d’un homme qui avait raccroché les crampons…
Quand Arnaud Vercruysse s’est levé pour parler, il y avait dans sa voix autre chose que les mots d’un entraîneur. Il y avait de la gratitude, un soupçon de gravité, et surtout une immense sincérité. « Merci aux dirigeants de m’avoir accueilli dans cette tempête », a-t-il lancé, lucide sur le contexte de son arrivée. Tempête, en effet : départs précipités, fracture sportive, mal-être en interne… Il fallait du courage pour venir. Lui l’a fait.
Mais ce n’est pas sur une promesse de résultats qu’il est venu. C’est sur une promesse d’engagement. Lui, l’ancien coach de Rodez, avait coupé avec le rugby depuis deux ans et demi. Il s’était éloigné volontairement du bruit, du terrain, du rythme infernal. Jusqu’à ce jour improbable où, venu voir un ami sauter en parapente depuis la Pouncho d’Agast, il a entendu des clameurs. Il s’approche du Parc des Sports. Millau joue contre Sarlat. Il reconnaît des visages : Nomani Tonga, son ancien joueur venu de l’autre bout du monde, Mel De March, Maxime Delouis. Il reste. Il regarde. Et là, quelque chose renaît. « Ce match m’a impressionné par son niveau d’engagement, par sa sincérité. J’ai vu un rugby qui m’avait manqué. » Ce soir-là, il ne l’a pas encore dit, mais il sait. Il sait que la flamme peut revenir. Il sait qu’il n’est pas fini avec ce sport qui lui a tant donné. Il sait, surtout, qu’à Millau, il y a encore du rugby vrai.

Dans son discours, il convoque l’histoire, les grands anciens du SOM : Jeannot Salas, Raoul Barrière, Henri Ferrero. Des noms mythiques. « Peut-être que les jeunes ne les connaissent pas. Mais ils ont marqué l’histoire du rugby français. Ce club a été entraîné par des hommes d’exception. Il ne peut pas être anodin. »
Et lui veut s’inscrire dans cette lignée, pas pour faire briller son nom, mais pour transmettre. Transmettre l’exigence, la passion, l’envie de construire. Il parle d’une année de transition, d’un rugby de valeurs, d’un club qui, à défaut d’ambition immédiate, doit retrouver sa cohérence. « On va bâtir petit à petit. Être pragmatiques. Montauban s’est sauvé d’un point il y a un an, aujourd’hui ils montent en Top 14. Rien n’est figé. »
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Il insiste sur un mot : la continuité. Sur le terrain, mais surtout dans les parcours, dans l’intégration des jeunes, dans la transmission du flambeau. « Ce que je veux, c’est que les jeunes jouent, s’engagent, apprennent. On ne va pas faire semblant. Le rugby, c’est un jeu. Et notre mission, c’est de leur rendre ce jeu agréable. » Il cite Saint-Exupéry : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. » Et il conclut par une image magnifique : en voyant le nouveau logo du club, il y voit une flamme. Rouge et jaune. « Peut-être que c’est ça. Peut-être que cette flamme, elle est revenue. »
Un staff comme une fratrie rugbystique
Autour de lui, Arnaud Vercruysse a réuni une équipe à son image : passionnée, compétente et profondément attachée au club. Mel De March, figure locale, ancien joueur emblématique du SOM, sera responsable des avants. Un choix de cœur autant que de raison. Roy Tao, ancien centre de choc, joueur racé et combatif, passé par Rodez et Aubenas, amènera sa puissance, sa rigueur et son vécu. Olivier Dussaut, ex-Montpellier, rejoindra le staff dès que possible. Lui aussi a connu les joutes du haut niveau. Lui aussi croit au projet. Et bien sûr, Gauthier Escalais, tout juste retiré des terrains, mais déjà pivot du nouveau cycle. Il prendra en charge les « skills », les habiletés individuelles, mais bien plus encore. Il incarne la transmission en actes. « Moi, un coach m’a lancé à 18 ans. Aujourd’hui, c’est à mon tour de dire aux jeunes : préparez-vous. On croit en vous. Arnaud croit en vous. »

Laurent Raynaud, le trait d’union entre terrain et gouvernance
Au cœur de ce nouveau dispositif, une autre figure a émergé avec clarté et pragmatisme : Laurent Raynaud, ancien éducateur, homme de terrain, Monsieur Arbitrage, aujourd’hui vice-président du SOM Rugby. Il incarne le lien entre les ambitions sportives et la structure associative du club. Celui qu’on décrit comme rigoureux, loyal et très à l’écoute a détaillé, sans fioritures, le projet à trois ans sur lequel va reposer la relance du SOM. « Nous voulons créer une vraie synergie entre toutes les composantes du club. Et cela commence par un mot d’ordre simple : la bienveillance. »
Un mot simple, mais fort, surtout dans un club qui a souffert de tensions internes. Pour que cette bienveillance ne reste pas un vœu pieux, plusieurs commissions vont voir le jour. Leur objectif : fluidifier la communication, recréer des passerelles entre joueurs, entraîneurs, dirigeants, parents et bénévoles. Une révolution douce, mais nécessaire.
Laurent Raynaud a insisté sur l’articulation entre la formation et les seniors, priorité du mandat à venir. Il a annoncé une série de nominations structurantes :
- À l’école de rugby, dirigée par Jonathan Santos, un coordinateur général va être recruté. Les candidatures sont ouvertes.
- Le pôle jeunes masculins (cadets et juniors nationaux) sera coordonné par Antoine Valat, reconnu pour sa rigueur et son efficacité.
- Pour les minimes filles et les cadettes, Jonathan Santos garde la main, épaulé par Romain Apolit, éducateur engagé.
- Les seniors filles continueront à être accompagnées par Adrien et Ophélie, véritables piliers de la section féminine.
- Enfin, les seniors masculins – au centre de toutes les attentions cette saison – travailleront main dans la main avec Laurent Raynaud, en étroite collaboration avec Thierry Perez et Jean-Pierre Malossane.
« On ne reconstruira pas un club sur de simples bonnes intentions. Il faut de la méthode, des relais, et surtout de l’écoute. » Laurent Raynaud n’oublie personne. Surtout pas les bénévoles, qu’il décrit comme « la colonne vertébrale silencieuse du club ». Une commission leur sera spécifiquement dédiée, avec un rôle élargi dans la gouvernance.
Avec lui, le SOM semble retrouver un cap. Celui d’un club ancré, équilibré, prêt à se redresser, non pas par une révolution, mais par une construction collective où chacun retrouve sa place.

Thierry Perez, la mémoire du club et le président qu’on appelle quand ça tangue
Si Arnaud Vercruysse a apporté l’émotion, Thierry Perez a imposé le respect. Et une chaleur tranquille. Revenu à la présidence du SOM Rugby, qu’il avait déjà dirigé entre 2014 et 2020, cet homme du BTP, aux allures de vieux sage du rugby français, n’a plus rien à prouver. Et pourtant, il revient. Parce que c’était nécessaire. Parce qu’il aime ce club. Et parce que, dans la tempête, on appelle ceux qui savent tenir la barre. « Je ne viens pas tout chambouler. Je viens pour écouter, pour aider. Je vais mettre de l’huile dans les rouages. »
Il se présente simplement. Ancien joueur de Nîmes et Montpellier, président du club de Jacou, puis de Montpellier Rugby, devenu sous son impulsion le Montpellier Hérault Rugby, finaliste du Top 14 en 2011. Un bâtisseur. Un homme de vision. Mais aussi un homme de cœur.
Il revient à Millau à l’invitation des anciens dirigeants. Il observe, écoute, et accepte. Car il retrouve dans ce club ce qui lui importe le plus : des gens engagés, des bénévoles incroyables, et une passion qui ne demande qu’à être ravivée.

Et surtout, il voit un potentiel immense dans la formation. « On a des sections sportives dans les collèges et les lycées. Il faut se battre pour les garder. C’est là qu’on construit l’avenir. »
Il rend un hommage appuyé à Joan Bernad, artisan du rugby féminin millavois, qui passe la main. « Je ne le remercierai jamais assez. Ce qu’il a fait, c’est énorme. » Et en parlant des féminines, il rappelle qu’il fut le premier président de club pro à intégrer une équipe féminine au sein du MHR. Une fierté.Mais surtout, Thierry Perez revient pour remettre du liant, de la bienveillance, du plaisir. Il donne son numéro à tous. Ouvre la porte. Et ferme la parenthèse des guerres d’ego. « Si on n’a pas de plaisir à venir au club, on aura toujours des problèmes. À nous tous, ensemble, de retrouver ce plaisir. »
Dans la salle, mardi soir, les applaudissements ont dit bien plus que des discours. Le SOM Rugby a trouvé une voix, peut-être une voie. Avec deux hommes debout dans la tempête. Et une flamme, bien vivante, au fond des regards.