En 2025, la mer Méditerranée remonte jusqu’à Rodez. Avec ses cabanons, ses pêcheurs, ses plages de Sète ou de Noirmoutier, ses jouets en plastique oubliés sur le sable, mais aussi ses luttes, ses femmes debout, ses visages et ses souvenirs. Tout l’univers d’Agnès Varda, en somme. Le Musée Soulages propose cet été une exposition exceptionnelle dédiée à celle qui affirmait avec tendresse et malice : « Je suis curieuse. Point ». Une phrase qui devient ici manifeste artistique et fil conducteur d’un parcours riche de plus de 150 œuvres.
De l’objectif au montage, d’un regard à l’autre
Photographe, cinéaste, plasticienne… difficile de faire entrer Agnès Varda dans une seule case. Elle-même s’y refusait. De ses débuts comme photographe pour le TNP de Jean Vilar à Avignon, à ses premiers pas de réalisatrice avec La Pointe Courte (1955), Agnès Varda s’est toujours tenue à la frontière des genres, refusant les carcans pour mieux explorer le réel à sa manière, libre, politique et poétique.
Compagne de route d’Alain Resnais, Chris Marker, William Klein ou Jacques Demy, elle incarne la sensibilité de la Rive Gauche, cet autre versant de la Nouvelle Vague plus littéraire et expérimental. Ses films — Cléo de 5 à 7, L’une chante l’autre pas, Sans toit ni loi, Les Plages d’Agnès, Visages, Villages… — mêlent portraits de femmes, réflexions sociales et liberté formelle. Ils disent une époque, et surtout une manière unique de la regarder.

Une œuvre plasticienne, entre cabanes et souvenirs
Depuis les années 2000, Agnès Varda a poursuivi sa quête de sens et d’images dans le champ des arts plastiques, avec des installations étonnantes où l’on retrouve l’écho de ses films : cabanes de pellicule, écrans multiples, objets détournés, fragments de mer et de mémoire. Cette exposition au Musée Soulages en restitue la richesse.
Le parcours proposé à Rodez s’articule autour de la Méditerranée, ce « lieu-monde » qui irrigue l’œuvre de Varda. Photographies du tournage de La Pointe Courte, compositions sur le monde des pêcheurs, installations visuelles telles que Bord de mer (2009), La petite mer immense (2003), La Cabane du Bonheur (2018), objets et photographies de Noirmoutier… autant de pièces qui témoignent d’un regard toujours attentif aux détails, au vivant, à l’intime.

L’environnement visuel et floral du film Le Bonheur (1965) est aussi évoqué à travers bouquets, tournesols, vases signés Valentine Schlegel, et photographies de tournage. L’exposition déroule une véritable scénographie narrative : une histoire visuelle qui part de la mer et y revient, comme une marée.
Des amitiés artistiques au cœur du projet
Cette exposition est aussi une histoire d’amitiés. Celle qui lia Agnès Varda à Pierre et Colette Soulages, dans leur maison de Sète. Le musée possède plusieurs clichés du peintre réalisés par la cinéaste, et diffuse depuis plusieurs années un entretien vidéo autour des Outrenoirs. « D’une certaine manière, nous voulions poursuivre cet échange », écrit Benoît Decron, directeur du musée et commissaire de l’exposition.
Le parcours s’enrichit d’œuvres de compagnons de route : des pièces de Pierre Soulages bien sûr, mais aussi de Valentine Schlegel, de Miquel Barceló, ou encore un clin d’œil à Gustave Le Gray, précurseur de la photographie maritime au XIXe siècle.

Une exposition manifeste
Plus qu’une rétrospective, Agnès Varda. Je suis curieuse. Point est une déclaration : à la liberté de créer, au droit d’explorer tous les médiums, à la beauté du réel et de ses marges. Une exposition manifeste, sensible et joyeuse, où l’on chemine avec Agnès, à travers ses images et ses objets, son regard et ses combats.
Rodez devient pour quelques mois le point d’ancrage d’une artiste inclassable. Une invitation à prendre le large, les yeux grands ouverts.
Exposition « Agnès Varda. Je suis curieuse. Point »
Musée Soulages, Rodez
Du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026
Co-production : Musée Soulages – Ciné-Tamaris







