À l’occasion d’Octobre Rose, la campagne annuelle de sensibilisation au dépistage du cancer du sein, la commune de Sévérac d’Aveyron propose une expérience artistique aussi touchante qu’engagée. Le samedi 4 octobre à 17h, la compagnie La Hurlante présentera son spectacle déambulatoire « Les Ailes », au départ du contour de la rue du Grand Faubourg à Sévérac-le-Château. Un rendez-vous à ne pas manquer : l’intégralité de la billetterie (5 €) sera reversée à l’ICM et à l’association locale En Route Vers l’Après, qui accompagne les femmes après la maladie.
Un théâtre de proximité, à fleur de trottoir
Avec « Les Ailes », Caroline Cano, autrice et metteuse en scène, invente un théâtre sensible, intimiste, profondément humain. Le décor ? Une rue. Banale, anodine en apparence. Mais qui, sous la plume et les pas de la compagnie, devient personnage à part entière, mémoire vivante, témoin discret de nos existences.
Le point de départ du récit : la disparition volontaire d’une femme, Marlène Rossi, habitante du quartier. Une romancière s’en empare et redonne la parole à sept autres femmes, toutes voisines ou commerçantes, bouleversées par ce départ énigmatique. Chacune y projette ses propres doutes, ses élans contrariés, ses rêves enfouis. Pourquoi part-on ? Pourquoi reste-t-on ? À travers leurs récits entremêlés, c’est tout un monde qui se dévoile : celui des choix de vie, des silences, des départs imaginés ou empêchés.
Une rue, des voix
Dans cette proposition artistique atypique, le spectateur devient flâneur, arpentant la rue comme un livre à ciel ouvert. Le spectacle s’invite sur les trottoirs, au coin des murs, derrière les volets entrouverts. On tend l’oreille, on écoute des confidences, des cris, des chuchotements. Grâce à un dispositif sonore immersif, conçu par Jérôme Hoffman et Servan Dénès, les voix prennent corps, les émotions affleurent. Le tout soutenu par une scénographie subtile qui capte l’essence des lieux — un fil à linge, un rideau, un balcon… autant de fragments du quotidien transformés en matière poétique.

Les sept femmes qui prennent la parole partagent le même corps, le même visage — une façon pour Caroline Cano de souligner la dimension universelle de leurs récits. À travers elles, c’est chaque spectateur, chaque spectatrice, qui peut reconnaître une part de soi.
Une création nourrie par le terrain
Depuis 2021, La Hurlante a mené un travail au long cours pour faire émerger cette œuvre : résidences, rencontres avec les habitants, chroniques de rue, lectures mouvantes… Une démarche ancrée, fidèle à l’éthique de la compagnie : tendre l’oreille à ceux qu’on n’entend pas, amplifier les voix discrètes, révéler la poésie du quotidien.
Ce soin accordé au processus de création donne à « Les Ailes » une richesse rare. Chaque scène est le fruit d’un cheminement, d’un ancrage dans la réalité, mais aussi d’une ambition artistique pleinement assumée : « J’ai écrit comme si je dessinais leurs traits au fusain sans omettre leurs rides, leurs cernes, leurs lueurs et leurs obscurités », confie Caroline Cano.
Un geste artistique et solidaire
Au-delà de son propos profondément humain, le spectacle s’inscrit dans une action de solidarité. En choisissant de reverser les bénéfices à Octobre Rose, la commune de Sévérac d’Aveyron affirme que l’art peut aussi être un vecteur de mobilisation et de soutien. Un bel exemple de culture engagée, à l’échelle locale.
Un spectacle à voir, à écouter, à ressentir — et une belle manière de donner des ailes à la solidarité.
