Entre Crespin et les environs de Naucelle, à une quarantaine de kilomètres de Rodez, un hameau minuscule abrite l’un des sites fortifiés les plus intrigants du Ségala : le château de Castelmary. Accroché à son éperon rocheux, dominant les gorges du Lézert et ses méandres, il raconte plus de mille ans d’histoire, de combats et de croyances populaires… Un décor de carte postale pour une plongée dans le Moyen-Âge rouergat.
Un promontoire stratégique depuis plus de 1 000 ans
Castelmary apparaît dans les textes sous le nom latin de Castrum Marinum. Et pour comprendre son importance, il suffit de lever les yeux : terrain escarpé, forêt dense, rochers abrupts… Le site coche toutes les cases d’une forteresse imprenable.
Dès le Xe siècle, la famille de Castelmary tient les lieux de l’évêque de Rodez. Sa position, aux portes du Rouergue, en fait une baronnie majeure du territoire, l’une des douze que comptait alors la province. Ses seigneurs marquent leur époque : bienfaiteurs des abbayes de Loc-Dieu et de Bonnecombe au XIIe siècle, ils tiennent un rang élevé aux États de la Province.
Mais le Moyen-Âge n’est jamais un long fleuve tranquille. Au XIVe siècle, les Anglais s’emparent de la forteresse. Jean d’Armagnac l’assiège en 1369 — sans succès, raconte la tradition locale. Le village, construit en avant du château, constitue une première ligne de défense avec sa tour carrée d’accès.
S’ensuivent plusieurs siècles de transmission : Lagarde, Morlhon-Sanvensa, puis les Puel de Parlan, derniers seigneurs du lieu, qui rachètent la baronnie en 1774 pour la somme très précise de 115 700 livres.
1790 : la révolte qui marque la fin d’une époque
Les dernières lignes connues de l’histoire du château datent de février 1790. Huit mois après la Grande Peur, le Ségala connaît une explosion de violences paysannes : le château de Castelmary est pillé et brûlé. Des ouvertures datées des années 1840 laissent toutefois penser qu’il fut encore habité brièvement au XIXe siècle.
Aujourd’hui, du château, il reste la tour principale en ruines, quelques pans de murs et les vestiges de l’ancienne église — devenue passage du chemin qui contourne l’entrée du village. L’ensemble est inscrit à l’inventaire des Bâtiments de France.
Castelmary a perdu son rôle religieux et politique, mais pas son aura.
Le point culture : c’était quoi, « la Grande Peur » ?
La Grande Peur est un mouvement de panique qui touche la France entre le 19 juillet et le 6 août 1789.
Des rumeurs affirment alors que des brigands auraient été envoyés par l’aristocratie pour détruire les récoltes. Les paysans, effrayés, s’arment et se soulèvent, accélérant la chute de l’ordre féodal.
C’est dans ce contexte de tensions extrêmes que le château de Castelmary sera finalement attaqué, plusieurs mois plus tard.
Un hameau qui vit au rythme de la campagne
Si Castelmary ne défend plus la province, il reste un lieu habité. L’économie locale repose aujourd’hui sur l’agriculture : élevage bovin, porcin, volailles, et cultures céréalières. Un retour à l’essentiel qui confère au site une atmosphère paisible, loin des tumultes passés.

Le charme sauvage des gorges du Lézert
Impossible d’évoquer Castelmary sans parler du Lézert, la rivière qui serpente dans les gorges au pied du promontoire.
Né à Castanet, alimenté par plusieurs affluents, le Lézert rejoint le Viaur au Port de la Besse, après avoir creusé des gorges boisées et encaissées d’une beauté rare.
Pour saisir toute la magie du lieu, rien ne vaut la randonnée « Entre Lézert et Viaur ». Les plus courageux pourront même pousser jusqu’au site du Port de la Besse pour un vrai moment fraîcheur.
Un lieu discret, au charme puissant, idéal pour qui veut sortir des sentiers battus.
