Alors que la mobilisation des agriculteurs aveyronnais entre dans son sixième jour, le mouvement se durcit et s’étend. Depuis le barrage de Baraqueville, la Coordination Rurale (CR) lance un appel à l’unité syndicale, ciblant directement les adhérents de la FDSEA et des JA, sur fond de désaccord profond concernant la gestion de la DNC.
La tension ne retombe pas sur les routes de l’Aveyron. Après une semaine marquée par la multiplication des points de blocage, la journée de mardi marque un tournant stratégique. Sur le barrage de Baraqueville, devenu l’un des points névralgiques de la contestation, Jérôme Fougassier, agriculteur à Bozouls et figure de la mobilisation, a pris la parole ce matin pour lancer un appel au rassemblement général.

« Si vos responsables ne sont pas capables de vous donner une réponse, venez nous voir »
Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l’agriculteur dresse un constat de terrain : les étiquettes syndicales s’effacent peu à peu sur le bitume. « Il y a de la Coordination Rurale, de la Confédération Paysanne, des non-syndiqués, mais aussi de la FNSEA et des JA », observe-t-il, soulignant un décalage grandissant entre la base et les instances dirigeantes du syndicat majoritaire.
Le cœur du conflit réside dans la gestion de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC), cette épizootie virale qui menace les cheptels bovins. Selon la Coordination Rurale, la position de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) est devenue intenable pour leurs propres adhérents.
« On se rend compte qu’il y a un syndicat qui ne prend pas réellement position sur la DNC et qui surtout prônait l’abattage », martèle Jérôme Fougassier. Face au désarroi des éleveurs qui refusent de voir leurs troupeaux abattus, la CR se pose en recours, promettant une « réponse claire et précise sur le protocole à adopter pour sauver nos animaux ».
DNC : La fracture syndicale
Cette crise sanitaire cristallise les différences idéologiques historiques entre les syndicats agricoles, rendant la situation explosive :
La Coordination Rurale (CR) : Elle prône une défense absolue du patrimoine vivant. Pour la CR, l’abattage massif est une ligne rouge. Le syndicat réclame des protocoles de soins, la vaccination immédiate et refuse que les éleveurs soient sacrifiés sur l’autel des normes administratives ou des règles d’exportation.
La FNSEA et les JA (Syndicat majoritaire) : Traditionnellement cogestionnaires avec l’État, ces syndicats ont souvent soutenu les mesures de police sanitaire strictes (abattage) pour éradiquer rapidement les foyers et préserver le statut sanitaire de la France à l’export. Une position pragmatique au niveau macro-économique, mais vécue comme une trahison par les éleveurs attachés à leurs bêtes, d’autant plus que la gestion de la crise actuelle semble floue.
La Confédération Paysanne : Présente sur les barrages aveyronnais, la « Conf’ » défend une approche paysanne. Elle s’oppose à l’industrialisation qui favorise la propagation des maladies, mais rejoint la CR sur la nécessité de protéger les troupeaux existants via la vaccination plutôt que l’abattage systématique, tout en demandant un accompagnement économique fort.
Une nouvelle action à Laguiole
Preuve que la colère fait tache d’huile, l’Aubrac entre à son tour dans la danse. Une mobilisation a eu lieu à Laguiole, des agriculteurs ayant investi le centre du village ce matin.
Loin de s’essouffler, le mouvement semble donc vouloir agréger toutes les colères. En appelant les adhérents FDSEA et JA à « ne pas hésiter » à rejoindre les rangs de la contestation malgré les consignes de leurs responsables, la Coordination Rurale tente le pari de l’union sacrée par la base pour faire plier l’administration.