Colère agricole : une trentaine de tracteurs aveyronnais foncent vers Paris

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© Coordination Rurale Aveyron

La colère ne retombe pas, elle se déplace. Ce mardi 6 janvier, une trentaine de tracteurs de la Coordination Rurale 12 ont pris la route direction Paris. Lassés de ne pas être entendus localement, ils comptent bien aller chercher leurs réponses directement au Ministère, quitte à braver les conditions climatiques et les interdictions préfectorales.

C’est un « appel solennel » qui a mis le feu aux poudres. Lundi soir, Bertrand Venteau, président national de la Coordination Rurale, sortait « très remonté » de son entrevue avec le Premier ministre Sébastien Lecornu. Face à ce qu’il qualifie de « langage de sourd », le leader syndical a exhorté ses adhérents à converger vers la capitale de façon « pacifique », et ce, « même si la moitié doit finir en garde à vue ».

Le message a été reçu cinq sur cinq dans nos contrées. Dès l’aube ce mardi, la Coordination Rurale de l’Aveyron annonçait sur ses réseaux sociaux : « L’Aveyron direction Paris. 30 tracteurs ont pris la route tôt ce matin ». Un départ marqué par une demande de soutien à la population locale : « On a besoin de tout le monde ».

Changement de stratégie : « On va aller directement voir le ministère »

Pourquoi quitter les terres aveyronnaises maintenant ? Pour les agriculteurs, la stratégie du blocage local a montré ses limites. Interrogé par nos confrères de France 3, Théo Alary, porte-parole de la Coordination Rurale Aveyron, ne mâche pas ses mots : « On a bloqué l’A75 et la RN88 tout le mois de décembre. Ça n’a servi à rien, à force on ne faisait qu’embêter les gens et les commerçants du coin ».

Le constat est amer, mais la détermination est intacte. « Donc on a dit c’est pas la peine, on va aller directement voir le ministère et les soi-disant scientifiques qui nous gèrent là-haut pour leur montrer le problème du terrain », ajoute-t-il au micro de la chaîne régionale. Une logique partagée par Jean-Philippe Causse, membre du bureau du syndicat : « Comme toutes les décisions sont prises à Paris, on a décidé de se rendre à Paris pour entendre les réponses qu’on veut entendre ».

Notons d’ailleurs avec une pointe d’ironie que le timing est audacieux : alors que l’Île-de-France est actuellement paralysée par d’importantes chutes de neige et que les citadins peinent à faire avancer leurs berlines sur le périphérique, les tracteurs aveyronnais, eux, ne devraient avoir aucun mal à se frayer un chemin dans la poudreuse. Reste à savoir si l’accueil politique sera aussi froid que la météo.

Tensions autour de la santé animale

Ce convoi illustre un désespoir grandissant face aux normes, au traité du Mercosur, mais aussi aux crises sanitaires comme la dermatose bovine. Sur ce dernier point, les tensions sont palpables même entre syndicats.

Pendant que la Coordination Rurale roule vers le nord, la Confédération Paysanne a choisi une autre cible à Rodez. Ses militants bloquent symboliquement la Chambre d’Agriculture. Ils réclament une vaccination systématique des bovins, estimant que le dossier est « bloqué par le syndicat majoritaire [la FDSEA, ndlr] et la chambre d’agriculture ».

Qu’ils soient sur l’autoroute ou devant les grilles de la Chambre, le message des campagnes est clair : le monde agricole ne veut pas rester « sans réponse ».