L’écrivaine, chanteuse et militante infatigable de la langue d’oc s’est éteinte ce 25 janvier à Saint-Affrique. De Béziers au Rougier de Camarès, elle laisse derrière elle une œuvre immense et un combat pour une culture occitane résolument moderne.
C’est une figure tutélaire de la culture méridionale qui vient de nous quitter. Marie Rouanet est décédée hier, le 25 janvier 2026, à Saint-Affrique, à l’âge de 89 ans. Née à Béziers en 1936, celle qui fut tour à tour institutrice, chanteuse, réalisatrice et romancière aura marqué son époque par son attachement viscéral à sa terre et à sa langue.
Une vie au service des mots et de la musique
Fille d’un père mécanicien et d’une mère au foyer, ancienne élève de l’École normale, Marie Rouanet avait d’abord embrassé une carrière d’enseignante de lettres classiques. Mais c’est au début des années 1970 qu’elle se révèle au grand public en entamant une carrière de chanteuse.
Artiste polyvalente, elle a également signé une quarantaine de romans, essais et chroniques. Parmi ses ouvrages les plus marquants, les lecteurs retiendront Nous les filles, Luxueuse austérité ou encore La Cuisine amoureuse, courtoise et occitane. Son œuvre littéraire témoignait souvent avec pudeur et vérité du quotidien de la France rurale, comme dans Apollonie, reine du monde, où elle explorait la vie d’un hameau aveyronnais au début du XXe siècle.
L’Aveyron comme terre d’adoption
Bien que native de l’Hérault, Marie Rouanet avait tissé un lien indéfectible avec l’Aveyron. En 1995, elle avait quitté sa ville natale pour s’installer à Camarès, terre d’origine de son époux, le poète Yves Rouquette.
Alain Marc, Sénateur de l’Aveyron et Vice-président du Sénat, a tenu à saluer la mémoire de celle qui avait « adopté notre département depuis plus de 30 ans ». Il rappelle son attachement à ce « Sud Aveyron du Rougier de Camarès qui a de commun avec sa terre natale de Béziers notre belle langue d’oc ».
Une « modernité audacieuse »
Au-delà de l’artiste, c’est la militante que le monde occitan pleure aujourd’hui. Marie Rouanet a consacré sa vie à l’histoire et à la musique de cette culture, présentant notamment les artistes de la Nòva cançon comme des « chanteurs de la décolonisation ».
Dans son hommage, Alain Marc souligne qu’elle fut une « avocate efficace » de la cause occitane, tant par ses talents artistiques que par ses engagements publics. Loin de tout folklore figé, Marie Rouanet a su insuffler « à la langue et à la civilisation occitanes une modernité audacieuse, loin des tentations passéistes ». Une capacité à fédérer « bien au-delà des clivages partisans » qui restera, pour le sénateur et pour beaucoup, la marque d’une « infatigable et exigeante militante ».