Loups : la colère des éleveurs ne retombe pas face aux annonces d’Annie Genevard

Le collectif « Pâturage et Biodiversité », qui regroupe plusieurs associations d'éleveurs à travers la France, a adressé une lettre ouverte à la ministre de l'Agriculture. Jugeant les récentes mesures sur les quotas de prélèvement insuffisantes, la profession alerte sur une année 2025 marquée par un triste record de victimes.

12actu.com
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Photo d'illustration © pxhere.com

L’accalmie aura été de courte durée. Alors que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, annonçait le 9 janvier dernier une augmentation de 10 % du quota de prélèvement de loups pour tenter d’endiguer la colère des campagnes, la réponse du monde pastoral ne s’est pas fait attendre. Dans une lettre ouverte datée du 23 janvier, le collectif national « Pâturage et Biodiversité » dénonce une réponse politique « très loin d’être à la hauteur de la situation ».

Pour Mélanie Brunet, présidente de l’association Cercle 12 et membre du collectif, le constat est amer : « Le compte n’y est pas ». Alors que les textes officiels sont toujours attendus pour clarifier le statut du loup et ses conditions de destruction, les éleveurs craignent déjà que les promesses ne soient qu’un écran de fumée.

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Une augmentation en trompe-l’œil

Au cœur de la discorde : l’arithmétique gouvernementale. Si l’affichage politique promet une hausse de 10 %, la réalité réglementaire est tout autre selon les signataires. « Votre proposition se traduit en réalité par une augmentation de seulement 1,9 %, soit 21 loups supplémentaires pour 2026 », fustige le collectif dans son courrier.

Les éleveurs rappellent que les 2 % supplémentaires étaient déjà prévus par la réglementation actuelle, mais que leur activation a souvent été bloquée administrativement, comme ce fut le cas en Auvergne-Rhône-Alpes en 2025. Cette « avancée » est ainsi perçue par la profession comme « une marque de mépris », bien loin du « courage politique » de 2019, lorsque le quota avait été doublé.

13 000 victimes : le « triste record » de 2025

Derrière la bataille des pourcentages, il y a la réalité du terrain. Le collectif souligne que le nombre officiel de victimes, déjà supérieur à 12 000, devrait franchir la barre des 13 000 pour l’année 2025. « Un triste record », déplorent les éleveurs, qui pointent l’inefficacité des mesures actuelles face à une prédation qui explose.

L’exemple de la Haute-Marne est cité comme un avertissement brutal : l’installation récente d’une meute de 8 loups y a causé près de 800 victimes en un temps record. Pour le collectif, c’est la preuve que la politique actuelle, consistant à « subir » plutôt qu’à anticiper, mène à une impasse.

La guerre des chiffres

Le fossé se creuse également sur l’estimation de la population de loups. L’Office Français de la Biodiversité (OFB) recense officiellement 1 082 individus. Un chiffre contesté avec virulence par « Pâturage et Biodiversité », qui évoque un « biais partisan » et une méthodologie défaillante.

S’appuyant sur des comptages indépendants et des extrapolations, le collectif estime la population réelle entre 2 000 et 2 600 loups. Ils accusent l’OFB de sous-estimer volontairement les effectifs pour entretenir l’image d’une espèce fragile, alors que la population a, selon eux, plus que doublé depuis 2018.

Vers un droit à l’autodéfense ?

Face à ce qu’ils qualifient d’échec de la protection des troupeaux depuis trente ans, les éleveurs réclament un changement de paradigme. Leur demande principale : la fin du plafond pour les tirs de défense. « Le droit de se défendre face aux loups ne peut être soumis à un plafond », martèlent-ils. Ils considèrent qu’un quota conditionné aux attaques revient à empêcher une protection efficace.

Parmi les autres revendications techniques figurent l’autorisation des lunettes à visée thermique, jugées indispensables face à un prédateur nocturne, et le redéploiement des moyens de la brigade loup, dont les effectifs promis en 2023 se font toujours attendre.

En conclusion, le collectif appelle Annie Genevard à trancher : « Ceux qui ne subissent pas les conséquences de la présence des loups ne doivent pas influencer la politique de protection des troupeaux ». Sans un virage ferme vers la régulation létale, c’est l’avenir même de l’élevage de plein air qui, selon eux, est désormais menacé.