Aveyron : le mystère de Saint-Méen, ce hameau où l’on vient chercher la guérison

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La chapelle de Saint-Méen (19 octobre 2025) - DR

À trois kilomètres de Couffouleux, sur une des routes qui relient Camarès à Lacaune, se dresse, à 800 mètres d’altitude, un petit hameau du nom de Saint-Méen, porté par le souffle du Merdélou, qui culmine à 1 100 mètres. Au milieu des maisons jaillit une source abondante qui guérit un grand nombre de maladies, principalement des maladies de peau. De temps immémorial, le jour de la fête de saint Jean-Baptiste, on a vu des personnes souffrantes boire à cette fontaine, s’y laver et emporter de l’eau. Aujourd’hui encore, on y accourt de partout : de l’Aveyron, du Tarn, de l’Hérault, de la Lozère, du Gard…

Depuis une cinquantaine d’années, l’affluence a pris des proportions considérables, comme si ce lieu profitait de l’abandon des autres sanctuaires. Certaines années, le pèlerinage a réuni jusqu’à huit mille personnes !

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Pour se rendre à Saint-Méen, à partir de Saint-Affrique, prendre la direction de Camarès, Mounès, puis Saint-Méen. À partir de Lacaune, prendre la direction de Moulin-Mage, Barre, puis Saint-Méen.

Saint-Méen a la « spécialité », si l’on peut dire, de guérir les maladies de la peau, chez les personnes comme chez les animaux.

La source de Saint-Méen (la font de Sant-Mèn)

Né vers l’an 540 en Angleterre, dans la région de Cornouaille, Méen, après avoir reçu de ses parents une solide éducation, passe son adolescence dans les monastères, comme c’était la coutume à son époque. Là, il découvre les sciences humaines et la Bible. Sa formation achevée, il est ordonné prêtre. Désormais, il va consacrer sa vie à l’annonce de la parole de Dieu, à l’amour des malades et des pauvres.

Il vient en France et fonde le monastère de Gaël. C’est près de cet ancien monastère que se situe aujourd’hui la ville de Saint-Méen-le-Grand, dans le département d’Ille-et-Vilaine.

C’est en se rendant à Rome pour vénérer les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul que Méen, en empruntant les voies romaines, passe dans cette région du Merdélou. Les habitants de cette contrée sont atteints par la lèpre. Il les guérit et fait jaillir une source au pied du Merdélou, qu’on nomme eau de la source de Saint-Méen. De retour de Rome, il revient au monastère de Gaël, où il meurt le 21 juin 617. Un pèlerinage a lieu tous les ans en sa mémoire. Les fidèles, très nombreux tout au long de l’année, mais encore plus en ce jour du 24 juin, peuvent emporter l’eau bénite de la source, réputée pour guérir les maladies de peau des hommes et des bêtes. Autrefois, en aval, on calculait l’heure à laquelle l’eau du Rance, après la bénédiction, passerait à hauteur des hameaux afin d’y mener les troupeaux.

Église et hôpital de Saint-Méen

Saint Méen ne fit que passer, mais il laissa des traces durables. Les habitants construisirent près de la source miraculeuse un hôpital et même une église. À vingt pas de la fontaine se trouve un jardin appelé, dans les vieux cadastres, « ort de l’hospital ». Son propriétaire a mis au jour, en le défonçant, des pierres taillées, vestiges de l’ancienne construction.

Il est fait mention de l’ancienne église en 1116 sous le titre général de Cella Sancti Menne. Un acte de 1162 précise que le Rance, Alsanza, « oritur in ecclesia Sancti Menne » (prend sa source dans l’église de Saint-Méen). L’église, tombant en ruines, fut réparée au XVIIe siècle. Par une ordonnance du 20 octobre 1644, Mgr François de Lavalette Cornusson, évêque de Vabres, sur les instances de M. Louvière, prieur et curé primitif de Saint-Nazaire de Couffouleux, enjoignit à ses paroissiens de « remettre en état les églises de Saint-Méen et de Saint-Nazary de Couffouleux ainsi qu’est la coutume ». Cette église restaurée de Saint-Méen fut détruite à la Révolution.

Reconstruction et renaissance

Pendant près d’un siècle, la messe ne fut plus célébrée sur cette montagne du Merdélou. Mais en 1887, Mgr Bourret, évêque de Rodez et de Vabres, ce grand restaurateur de toutes les ruines du diocèse, permit de la célébrer en plein air le 24 juin de chaque année, en attendant que, grâce aux offrandes des pèlerins reconnaissants, une chapelle s’élève sur les débris de la vieille église de Saint-Méen.

En 1903, Mgr Gély, évêque de Mende et originaire de Rigols, village voisin de Couffouleux, obtint de l’archevêché de Rennes, où se trouve la grande relique du saint, une parcelle de cette relique. Les nombreux pèlerins qui se rendent chaque année à Saint-Méen sont heureux de la vénérer.

La chapelle, demandée par Mgr Bourret et souhaitée par les nombreux pèlerins de Saint-Méen, est construite en 1919. Elle est principalement l’œuvre de M. l’abbé Laur, ancien curé de Couffouleux. Un magnifique autel, en marbre blanc et rouge, orne le chœur, et une belle statue de Saint Méen, due à la générosité d’une paroissienne de Couffouleux, domine l’intérieur de l’oratoire. De plus, une petite cloche sonne à l’occasion des diverses cérémonies qui ont lieu au sanctuaire. La générosité des pèlerins permet d’orner et d’embellir l’intérieur du sanctuaire, ainsi que d’aménager les alentours.

Légende

Aimée Savignol, dans le Bulletin de la Solidarité aveyronnaise (1925), a rapporté une légende sur Saint Méen de Couffouleux, qui est d’un très grand intérêt, et presque trop belle !

On raconte que, sur la montagne de la Loubière, en face du Merdélou, dans la région de Camarès, vivaient trois frères ermites : saint Petit, saint Thomas et saint Méen. Ils se séparèrent un jour, et le premier alla vers Gissac et Sylvanès, le deuxième au-dessus de Brusque. Méen, en chemin, s’aperçut tout à coup qu’il était suivi par un loup (drac) qui s’avançait du même pas que lui. Il fit le signe de la croix et dit à l’animal : « Se sios bestio bouno, fay té counouyssé ! » La bête disparut aussitôt.

Par la vallée du Dourdou, le saint arriva à Traversac (Pont-de-Camarès), où la population se livrait à une fête sans fin. Il voulut détourner le regard de ce spectacle : le loup était derrière lui. Il voulut alors parler à la foule, lui enseigner un autre bonheur. Mais derrière lui, un beau jeune homme apparut — c’était le drac — ; il jouait d’un instrument inconnu et sa musique était si envoûtante que les vieillards eux-mêmes, délaissant leur canne, se mirent à danser. Et il leur disait, entre deux avis : « N’écoutez pas ce prêcheur, qui veut vous priver de vos plaisirs ! »

Devant leurs menaces, Méen s’enfuit sur la hauteur du Merdélou et y passa quelque temps en prière. Il voulut convertir les habitants du village voisin de Couffouleux, les dissuader d’aller danser au Pont-de-Camarès ; mais ils se battirent avec des branches de vergne et lui tranchèrent la tête. Celle-ci roula, puis s’arrêta.

Là, une source jaillit ; des eaux tumultueuses dévalèrent et engloutirent le Pont-de-Camarès et ses habitants.

Depuis ce temps, ainsi que l’avait annoncé le saint avant de mourir, le vergne est maudit dans le pays, où il ne pousserait pas, et les sabots taillés dans son bois blessent les pieds. Une famille, qui avait échappé au désastre, apprit, par révélation, que l’eau avait la vertu de guérir la teigne des enfants et la gale des brebis ; elle se convertit. Depuis ce temps, le 24 juin, on va en pèlerinage à la source de Saint-Méen, la Foun de Sen Men.