Il y a des soirs où l’on gagne davantage en caractère qu’en jeu. Ce vendredi, sous les lumières du stade Paul Lignon, le Rodez Aveyron Football n’a pas livré sa meilleure copie, loin de là. Mais le RAF a une nouvelle fois plié sans rompre. Un point arraché, une série maintenue, et une ambition intacte.
6 399 âmes pour pousser les Ruthénois
Ils étaient 6 399 hier soir dans l’antre ruthénoise. 6 399 supporters qui avaient fait le déplacement pour accompagner les hommes de Didier Santini dans ce qui s’annonçait sur le papier comme une formalité face à la lanterne rouge corse. Le peuple aveyronnais, lui, sait depuis longtemps que dans ce championnat de Ligue 2 âpre et impitoyable, il n’existe pas de « petits matchs ». Ils l’ont prouvé encore ce soir en portant leur équipe dans les moments difficiles, créant cette atmosphère des grands soirs qui a plus d’une fois fait basculer des rencontres en faveur du RAF. Ce douzième homme a une nouvelle fois été précieux.
Bastia, un mal classé qui ne joue pas le jeu des pronostics
Voilà le piège dans lequel Rodez a bien failli tomber. Dernier du championnat, le Sporting Club de Bastia aurait dû, dans la théorie, subir la loi d’une équipe en pleine forme et dopée par son public. Mais les Corses n’ont visiblement pas lu le script. Solides, combatifs, ambitieux, ils ont démontré une fois de plus, et leurs statistiques à l’extérieur le confirment, que leur position au classement est trompeuse. Première mi-temps à leur avantage, seconde période dominée de bout en bout : Bastia a donné une leçon d’orgueil et de densité physique. Leur position en bas de tableau ne reflète clairement pas leur vrai visage. Un paradoxe qui interpelle, et qui rend ce nul d’autant plus logique dans les faits.
Arconte, le dixième rugissement
Dans ce match poussif, il aura fallu un moment de génie, ou plutôt de coup dur pour les Bastiais, pour débloquer la situation. C’est dans la surface corse qu’Arconte, en pleine bourre en ce moment, s’est fait faucher. L’arbitre M. Abed n’a pas hésité : penalty. Et l’attaquant ruthénois ne laisse pas passer l’occasion de se faire justice lui-même. Froid, précis, souverain. Son dixième but de la saison, inscrit avec l’assurance d’un buteur en confiance. Paul Lignon explose. La fusion entre les joueurs et le public est totale. Rodez mène 1-0 à la 24e minute, et pendant quelques instants, tout semble parfait.
Braat, le rempart infranchissable
Mais Bastia ne lâche rien. Loin de là. Et si Rodez est encore là ce soir, il le doit en grande partie à son gardien, Quentin Braat. Impérial, autoritaire, réflexes de chat, l’homme dans les cages du RAF a encore sorti une performance de haute volée. Sa double-parade sur Zaouai, d’abord les deux poings, puis une sortie décisive, aurait pu suffire. Mais le destin en avait décidé autrement : le ballon repoussé revient dans les pieds d’Eickmayer, qui conclut dans le petit filet sans que personne ne dévie la trajectoire. Un but un peu gag, cruel, qui remet les deux équipes à égalité (1-1, 42e). Malgré tout, Braat aura limité les dégâts tout au long de la soirée. À ce niveau de régularité, difficile de ne pas le citer parmi les meilleurs gardiens de Ligue 2. Match après match, il le confirme.
L’abnégation comme identité
La seconde période a été celle de la résistance. Rodez, sans Magnin, suspendu suite à une accumulation de cartons jaunes, a souffert. Manque de fraîcheur, imprécisions techniques, domination physique bastiaise… les ingrédients d’une défaite étaient réunis. Mais le RAF ne perd plus. Les changements opérés par Santini, notamment au milieu, ont insufflé un peu d’air frais dans un collectif asphyxié. Et jusqu’au coup de sifflet final, Rodez a tenté, résisté, poussé. Sans succès en terme de résultat, mais avec une unité défensive et une solidarité collective qui sont devenues la marque de fabrique de cette équipe depuis des semaines.
Cap sur Dunkerque
En attendant les résultats de la soirée, notamment le duel Guingamp-Reims qui pourrait redistribuer les cartes, le RAF grimpe provisoirement à la 5e place du championnat. La trêve internationale arrive à point nommé pour recharger les batteries d’un groupe qui en a bien besoin. Dans quinze jours, direction Dunkerque pour un déplacement qui s’annonce piégeux. Rodez devra avoir retrouvé toute sa superbe pour continuer à rêver haut.
Une chose est sûre : cette équipe ne lâche rien. Et ça, en cette fin de saison, ça vaut de l’or.
14 matchs, 5 pays, 1 seule équipe
C’est LE chiffre de cette soirée. Avec ce match nul, le Rodez Aveyron Football porte à 14 sa série de matchs consécutifs sans défaite en 2026. Et comme si cela ne suffisait pas, le RAF est toujours la seule équipe de toutes les premières et deuxièmes divisions des cinq grands championnats européens à n’avoir pas encore perdu cette année. Oui, vous avez bien lu. Ni en Espagne, ni en Angleterre, ni en Italie, ni en Allemagne, ni ailleurs en France. Rodez seul. Rodez unique.
